jeudi 13 octobre 2011

Les escales du cauchemar de Graham Masterton

Nombre de page :245
Edition : Pocket
 
Quatrième de couverture

« Mesdames et messieurs, au nom du commandant Masterton et de son équipage, nous vous souhaitons la bienvenue à bord de ce vol spécial terreur, qui va vous emmener tout autour du monde, avec arrêts à New York, Bruges, Londres...
Au cours de nos diverses escales vous pourrez descendre à terre goûter les horreurs locales les plus typiques, et apprécier ce qui fait le charme redoutable des capitales du cauchemar. Outre les indispensables fantômes britanniques, démons vaudou et autres fils du Diable, vous pourrez admirer toutes sortes de prouesses chirurgicales et vous procurer dans nos boutiques hors taxes de curieux scarabées aphrodisiaques qui feront la joie de vos nuits futures.
N'oubliez pas d'attacher votre ceinture, nous allons bientôt décoller."
 
 
Mon avis

Ce recueil de nouvelle est un véritable voyage dans le monde entier. Nous sommes invités en avion dans un voyage qui va s’arrêter dans de nombreux pays avec pour chacun d’entre eux, une nouvelle fantastique du grand maître Graham Masterton.
Chaque nouvelle se voit d’abord offrir un petit prologue qui nous met en condition pour la nouvelle à venir. Ainsi l’auteur pose d’emblée les bases de la nouvelle en nous parlant de la ville ou du pays dans lequel elle se situe.
Un régal que de commencer ainsi pour nous mettre l’eau à la bouche.( je divise l'article en deux parties de 6 nouvelles pour ne pas en faire un article trop long. La seconde partie viendra sous peu ^^)
L’œuf.
La première nouvelle que nous propose l’auteur est certes très courte mais elle m’a vraiment conquise. Elle se passe à Londre à Bayswater et le personnage principal Michael découvre un jour dans un œuf, un petit garçon de la taille d’un poussin. Il va l’élever comme son fils et chose surprenante, l’enfant va grandir tout à fait normalement, jusqu’au jour où son vrai père viendra le chercher. Cette nouvelle est très belle puisqu’elle met en scène un pauvre célibataire de trente ans qui va arrêter son travail pour se consacrer à cet enfant venu de nul part. Il va lui apporter toute l’affection d’un père et il finira par être meurtri de la perte de ce fils qui a rejoint son propre monde, en remerciant toutefois Michael pour son amour et son affection. Quand on découvre l’identité de ce petit garçon à la fin de la nouvelle, on ne peut qu’être surpris mais au final on regrette que la nouvelle soit si courte et donc que la chute soit amenée si vite.
La madone grise.
Cette fois-ci la nouvelle nous emmène à Bruges en Belgique. Dean revient à Bruges au bout de trois ans, dans l’espoir de découvrir enfin comment sa femme est morte lors de leur précédent voyage dans la ville. Tout ce qu’on peut lui affirmer, c’est qu’avant d’être retrouvée noyée, sa femme parlait avec une bonne sœur toute de gris vêtue. L’ambiance de la nouvelle est très gothique je trouve avec toutes ces calèches, ces statuettes de la vierge Marie, de la Madone, tenant Jésus dans ses bras. Le personnage principal n’a toujours pas fait le deuil de sa femme et il espère bien enfin avoir des réponses à ses questions. Seulement tout ce qu’il obtiendra de plus de la part de l’unique témoin de la mort de sa femme, c’est que celle-ci discutait avec une madone de pierre !
Dean n’en croira pas un mot et c’est son passé qui va le rattraper lorsque lui et sa femme ont décidé que celle-ci devrait avorter car l’enfant qu’elle portait serait mal formé. Pour la madone, tuer un enfant est un péché et la statue de pierre d’une demi tonne aura tôt fait de le punir comme il se doit. Une nouvelle très sympathique, mais qui je trouve finis trop abruptement. Certes on a les réponses aux questions mais la chute est si brutale qu’on a du mal à la digérer.
J.R.E Ponsford.
Harrow, Middlesex.
Cette nouvelle-ci m’a plu mais en même temps je suis restée sur ma faim.Kieran est un petit garçon qu’on envoie dans une école privée où il y passera tout les trimestres, ne rentrant que chez sa mère ou son père ( tous deux divorcés) que pendant les vacances. Là-bas, il devient le bouc émissaire de plusieurs garçons qui vont lui en faire voir de toutes les couleurs. On a vraiment mal au cœur pour ce petit Kieran qui va aller jusqu’à mentir à sa mère, lui inventant toutes sortes d’histoires dans ses lettres, pour ne pas qu’elle s’inquiète. Et un jour le garçon découvre une recette de magie qui fait revivre les morts pour nous venger. Et là il va ressusciter temporairement Ponsford, un joueur de criket qui a lui aussi fait ses études dans l’école où tout se déroule. Kieran va inventer une amitié entre Ponsford et lui auprès de sa mère et lorsque Ponsford va revenir d’entre les morts pour frapper avec sa batte de criket les garçons qui faisaient souffrir Kieran, les pauvres ne pourront pas en réchapper. Ce qui m’a vraiment étonné c’est de voir l’indifférence de Kieran lorsqu’il se rend compte que les garçons sont morts, tués par sa faute. Tout ce qu’il dira à sa mère c’est que Ponsford est intervenu pour le protéger et là on voit bien à quel point Kieran est un petit garçon perturbé par le divorce de ses parents et par la pauvreté de sa mère. Une nouvelle qui traite le sujet de l’enfance avec dureté.

L’objet sexuel

Boston, Massachusetts.
Wahou une nouvelle qui en dérangera plus d’un sur le sexe ! On y suit l’histoire de Helen, une jeune femme qui fait appel à un chirurgien esthétique car elle ne parvient pas à satisfaire son époux qui est très gourmand. Surtout que depuis peu, il invite ses amis à s’amuser avec son épouse, et tous en même temps. Helen devient donc un objet sexuel, d’où le titre de la nouvelle. Elle aime son époux et la richesse de celui-ci et jamais elle n’oserait le contrarier et accepte tout ce qu’il lui demande. Elle ne devient qu’une belle femme vide, une coque sans âme. Et puis au fond on se demande vraiment si son époux éprouve de l’amour pour elle car il va lui demander de faire une chose totalement inhumaine : se faire greffer un second sexe au dessus du premier pour éprouver davantage de plaisir et pour en faire profiter ses amis. Et voilà toute l’horreur de cette nouvelle avec cette femme qui pour faire plaisir à son époux va se faire greffer de vraies vagins un peu partout sur le corps jusque dans les joues ! J’ai trouvé cette nouvelle très triste parce qu’on peut penser que la femme accepte son sort mais lorsque son époux meurt, tout le monde la considère comme un monstre, ce qu’elle est bien devenue. Celui qui ne s’en remettra pas, c’est le chirurgien qui va pourtant empocher pas mal d’argent et continuer ses expériences sur un couple d’hommes homosexuels en greffant à l’un un second anus et à l’autre un second pénis pour multiplier leur plaisir sexuel.
Bref à ne pas lire si vous êtes sensible car cette nouvelle sera pour beaucoup très dérangeante.
Kidnapping.
Kensington Gardens, Londres.
Cette nouvelle-ci commence assez durement avec le viol d’une femme qui rentre chez elle avec son bébé. Son bébé William va d’ailleurs se faire enlever par l’agresseur. On ressent assez la peur de la jeune femme qui ne pense qu’à son bébé pendant qu’elle se fait violer. Quelques semaines après son bébé est retrouvé mort dans une fontaine. Et là, la jeune femme se souvient de ce que son oncle lui a dit le soir du drame : « n’oublie pas Pan ». L’auteur s’est amusé sur le mythe de Peter Pan et du capitaine Crochet. Au lieu d’en faire des ennemis, il en a fait un seul et même personnage qui kidnappe des enfants, agresse et viole les mère de ses enfants avec un crochet. Ils utiliseraient les enfants pour rester en vie et se vengerait en même temps de ne pas avoir eu de mère et de ne pas avoir grandi comme les autres enfants. C’est assez troublant je trouve d’interpréter de la sorte Peter Pan et d’en faire un tueur d’enfant et un violeur, et pourtant cela ne nous semble pas si impossible que ça avec les explications que nous fournit la nouvelle. J’ai vraiment adoré la fin de la nouvelle où enfin l’oncle explique qui est vraiment Peter Pan et d’où provient son existence.
Le loup.
Münster, Allemagne.
Cette nouvelle-ci m’a au départ moins emballée que les précédentes. John est un petit garçon de onze ans qui vit chez des étrangers depuis le divorce de ses parents car son père ne peut s’en occuper. John est un petit garçon solitaire et renfermé et un jour dans une boutique, il tombe sous le charme d’une peinture qui représente un homme-loup célèbre qui aurait tué bon nombre de personnes. Chose encore plus extraordinaire, John découvre dans le grenier de la maison de ses hôtes une carpette, une peau de loup qui lui semble tellement vivante. On ressent très vite sa curiosité grandissante pour la peau du loup qui traîne au grenier et lorsqu’un soir il décide de s’en vêtir pour se transformer en loup-garous, il sera surpris de remarquer que le véritable loup-garou est en fait la femme qui l’héberge. Je suis sur ma faim quant à la fin de cette nouvelle où tout le monde finit par se faire tuer par la femme-loup et John finit dévoré puisqu’on ne retrouvera que ses restes. La nouvelle est intéressante d’un certain côté puisqu’elle pose la question : un loup-garou c’est quoi ? Un homme prisonnier dans le corps d’un loup ou un loup prisonnier dans le corps d’un homme ? Seulement mise à part cette question intéressante, l’histoire est assez rapide et la fin trop abrupte à mes yeux pour ressentir un peu de compassion à l’égard de l’enfant.

 Nécessité est mère d’invention.
Cliveden, Berkshire.
Cette nouvelle-ci nous présente David et sa nouvelle épouse Bonny qui vont rendre visite à la mère de ce dernier et ensuite à sa tante Rosemary. Au début je me demandais où voulait en venir la nouvelle, car l’histoire semblait assez « normale ». Lorsque David souhaite fouiller le grenier à la recherche de photos de sa  mère pour lui créer un album photo personnalisé, il est loin de se douter de ce qu’il va découvrir. Il va découvrir que pendant plusieurs mois sa mère est absente des clichés et que lorsqu’elle réapparaît de petits détails, insignifiants au premier abord, ont été modifié sur son physique. Par exemple ses oreilles ou encore les points de beauté sur son épaule qui n’existaient pas jusqu’à présent. David va pousser son enquête beaucoup plus loin, jusqu’à se rendre compte que sa mère est morte dans un accident de voiture des années plus tôt. Ainsi il va se poser la question de savoir qui est cette femme qui se fait passer pour sa mère depuis des années et je pense que lui et Bonny n’était pas préparé à entendre la réponse.
Cette nouvelle m’a au début peu emballée, je trouvais que c’était long à se mettre en place et je ne voyais pas où l’auteur voulait ne venir. Mais petit à petit je dois bien avouer que je me suis laissée captivée par l’histoire et que j’ai trouvé la chute très innovante. Cette histoire de « frankeinstein » est vraiment intéressante !

La suite nuptiale.

Sherman, Connecticut.
Je pensais ne plus lire de nouvelles crues car avec l’objet sexuel on en a bien assez. Mais l’auteur n’était apparemment pas du même avis que moi. Cette fois-ci il nous présente un couple de jeune mariés qui pour leur lune de miel ont choisi un  hôtel-restaurant ancien. Lorsque Jenny et Peter arrivent sur les lieux, ils vont d’abord penser s’être trompé d’endroits, mais une vieille femme Mme Gaylord va les reconnaître et les mener à leur chambre. Chose étonnante elle est seule à tenir les lieux. Pas de cuisiniers ou de femmes de chambre, excepté un homme à tout faire qui est parti en ville et qu’on ne verra jamais apparaître. Le couple est donc emmené dans la suite nuptiale et dès que la vieille femme aura le dos tourné, ils fêteront comme il se doit leur mariage. Seulement dès leurs ébats terminé, Jenny va se rendre compte à quel point Peter a été bestial pendant ce moment et chose encore plus étonnante, il va soudain disparaître ! Elle le cherchera dans toute la maison, sans le retrouver avec une Mme Gaylord qui n’a pas l’air de s’en inquiéter plus que ça. Et lorsque la nuit suivante, Jenny découvre Mme Gaylord dans la chambre nuptiale en pleine relation sexuelle avec un « fantôme » dans les draps, elle va découvrir toute l’horreur que cache la chambre.
Ce n’est pas que la nouvelle m’ai dérangée, loin de là mais j’ai trouvé la chute un peu moyenne et les explications du phénomène un peu trop poussées. Certes c’est original mais je pense que beaucoup ne seront pas convaincus par la chute et la finalité de la nouvelle.
   
La source de tous les maux.
Harlem, New York.
Voilà une nouvelle qui est plutôt simple mais qui m’a vraiment plu ! On y suit Daniels un chauffeur de taxi, qui va un soir emmené un grand noir, john Bosama dans la 113ème rue, une rue réputée pour être dangereuse. Lorsque la course sera faite, Daniel va se retrouver malgré lui impliqué dans la religion musulman face à un démon du nom de Iblis. Il découvrira une pauvre femme empalé sur un porte chapeaux en bois, il découvrira les croyances musulmanes et surtout il deviendra l’ange gardien de cet homme qui l’y a entraîné malgré lui. J’ai trouvé cette nouvelle très touchante puisqu’elle traite sur la religion et sur les différences ethniques. Elle permet de mettre en scène un blanc athée qui va aider un noir musulman, deux personnes que tout oppose ( car le chauffeur de taxi est plutôt pauvre, et john est plutôt riche) et qui pourtant verront leur destin se lier. Daniels semble très sceptique au départ et je pense que la plupart des personnes athées l’auraient été également à sa place. Seulement lorsqu’il apprend la mort de son ami John Bosama il décide d’intervenir comme celui-ci le lui avait demandé pour apaiser son âme et le protéger même dans la mort.
Il va donc chasser le démon Iblis du corps de son ami dans la morgue et ce passage est digne des meilleur film d’exorcisme ! Pour ma part j’ai été conquise par ce passage et par la finalité, cette moralité explicite qui dit qu’au final tous les hommes sont égaux.
Le cœur d’Helen Day.
Tumbleton, Alabama.
Voilà une nouvelle très intéressante ! Martin est sur la route alors qu’une énorme tempête se déchaîne. La visibilité de la route étant très mauvaise, celui-ci parvient à s’arrêter dans un petit motel pour y passer la nuit. Il est accueilli très étrangement par un couple des plus rustres, surtout l’homme Vernon.
Alors qu’il passe la nuit dans sa chambre, sans télé, Martin allume la radio et tombe sur l’émission Le cœur d’Helen Day. Et en direct il entend la jeune femme se faire assassiner par un détraqué. Le lendemain en reprenant la route, il ne cesse de penser à ce qu’il a entendu à la radio et surtout il va découvrir que l’émission a été stoppée il y a des dizaines d’années et que ce fameux soir, l’émission n’a pas été enregistrée !
Martin va mener sa petite enquête et découvrir que ce cher Vernon est l’auteur du meurtre et il aurait mieux fait de ne jamais retourner au motel !
Alors l’enquête est très rapide en deux pages, on comprend qui est le meurtrier et dès le départ, la nouvelle annonce une fin tragique au héros avec tous les chants funèbres qu’il entendra à la radio. Le concept du tonnerre qui permet de se rappeler certaines scènes de son propre passé par la biais d’une télé ou d’une radio est vraiment intéressante et j’aurais aimé en savoir davantage. Une bonne nouvelle qui se laisse lire avec grand plaisir.
Le scarabée Jajouka.
Fès, Maroc.
Cette nouvelle-ci encore une fois très sexuelle ne m’a pas plu. Je l’ai trouvé beaucoup trop longue à se mettre en place. L’histoire suit un couple de chercheur qui veulent décourir le scarabée Jajouka qui est utilisé pendant l’acte sexuel pour décupler les sensations ressentis.
La manière dont l’insecte est utilisé est vraiment dérangeante et je doute qu’un homme accepterait de se le faire introduire de la sorte dans son sexe.
Cette nouvelle possède quelque chose de bestial et d’inhumain et étrangement elle m’a un peu dérangé surtout à la fin où j’ai trouvé la description du dernier passage assez gore et malsain.
Bref une nouvelle dont on se souvient longtemps même si pour ma part elle ne figure pas parmi mes favorites.
Absence de bête.
Cette nouvelle-ci suit un petit garçon qui est persuadé devoir une bête caché dans l’arbre du jardin de son grand père. Ses parents fraîchement divorcés, ce dernier se voit vivre avec son grand père un homme troublant j’ai trouvé. La façon dont il parle à son petit fils et dont il s’en occupe, presque comme un père possessif est vraiment bien rendu. La nouvelle bascule lorsque la mère du garçon revient le chercher avec son nouveau petit ami, qui se révélera être un vrai salaud vis à vis du garçon et qui lèvera la main sur lui, certes une seule fois, mais juste parce qu’il n’en aura plus l’occasion. J’ai aussi ressenti le trouble du garçon lorsqu’il entend sa mère crier une nuit et sans le savoir il va la découvrir en plein ébat. Je pense que si le grand père n’était pas intervenu de manière un peu brutale certes, le petit garçon aurait été le martyr du nouvel ami de sa mère, j’en suis persuadée et c’est pour le protéger et aussi pour le garder près de lui, que le grand père agit à sa manière ( barbare et brutale).
En bref ce recueil de nouvelles possède des textes qui m’ont énormément plu et d’autres un peu moins, mais c’est souvent le cas lorsqu’on est face à un recueil de nouvelles et j’espère que d’autres sauront apprécier ce recueil comme il se doit car il permet de rentrer davantage dans le monde violent et étrange de Graham Masterton et de découvrir son style et son univers.

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